LE REVEIL : chronique et interview, une émission réalisée par Alamarge productions pour Radio M Montélimar , texte et présentation Thierry Gautier

avignon13https://soundcloud.com/alamarge-net/le-reveil

"L'important n'est pas sa répétition matinale et banale. Non, l'essentiel est plutôt de s’éveiller réellement, rien qu'une fois dans sa vie, avant le grand sommeil profond. Emerger en sursaut et en âge… de le faire et enfin, ouvrir les yeux ! Sortir de cette torpeur qui nous maintient la tête, sous un oreiller de plume de plomb, se lever d'un bon et sortir d'un Soi drapé d'obligations. C'est là que nous découvrons le vide de nos envies et la vacuité de nos sommeils programmés, semblables à l’aiguille d’une horloge qui revient à la même place chaque jour, prisonnière du battement d’un autre temps que le sien, pourvu d’un seul sens commun. Partant d’un exemple vécu, Karinne Grenier nous faire vivre la mue d'une chenille ouvrière, en papillon de vie ne craignant plus rien de l'éphémère. Tout commence autour d’un lit, par la chorégraphie de l'alternance sans fin et sans but du sacro- saint métro-boulot-dodo. Elle se maquille tous les matins devant nous, comme si nous étions déjà de l’autre côté du miroir. Et au lieu de mettre des phrases sur ce trip-tique édifiant et si commun, elle danse avec les mots sur une musique électro-indus, mécanique, métallique et oppressante, avec une montée progressive du rythme jusqu’à l’implosion de la bête humaine, dans un burn-out qui sera fatal ou libérateur! Et nous assistons ainsi à l’itinéraire d'une miraculée de la vie moderne, qui va se reconstruire en revivant les causes de son égarement, organisées depuis l'enfance. Et pour commencer ce réveil, paradoxalement elle se déshabille, progressivement de ses peurs, celle de la différence, celle de l’abandon et du manque des objets, découvrant qu’avec moins de biens, nous pouvons créer beaucoup plus de liens. Sur scène, le lit sert de point central à cette mutation. Tout y est né, de la conception maternelle, à ses rêves d’enfant frustrés, de ses premiers amours à ses retours exténués réguliers. Ce lit, lieu de refuge constant, loin de la prison qu'évoque pourtant ses barreaux, un endroit de refondation du Moi-parlant, loin des Soi-disant, voulus par l’exigence des autres. La mise en scène fait alterner deux espaces différents, éclairés autrement, l’un pour des confessions et des questionnements pleins de sens, l’autre pour des scènes plus libres de danses parlées sur des poèmes de Za.Nu, où la bouche et le corps s’expriment tout entier. Karinne Grenier réalise ainsi devant nous un doublement de personnalité : l’incarnation d’un personnage de théâtre et en même temps, l’adolescente réalisant son rêve de la danse à la scène. Mais heureusement, à la fin de la pièce, ni les applaudissements, ni même l’éclairage brutal de la salle, ne viennent à la réveiller, car aujourd’hui son rêve est devenu réalité."
TGautier (Copyright Avignon off 2013)